Au cours des années 1983-1984, Jonathan Pollard, citoyen américain travaillant pour les services de renseignements de la Marine américaine découvrit que certaines informations concernant Israël et vitales pour sa sécurité étaient systématiquement bloquées.
Ces informations concernaient entre autres :
-les armes nucléaires, biologiques et chimiques de la Syrie, l'Irak, la Libye et l'Iran, armes destinées à la guerre contre Israël,
-le développement par ces pays d'armes balistiques,
-l'organisation d'attaques terroristes contre des objectifs israéliens.
Sur le plan juridique, il est important de souligner qu'Israël, pays allié des Etats-Unis, était en droit de recevoir ces informations, conformément au mémorandum des accords bilatéraux de 1983.
Quand Pollard découvrit cette rétention d'informations, il en a parla à ses supérieurs. On lui répondit de s'occuper de ses affaires, « les juifs n'ont pas besoin d'entendre parler de gaz mortels, ça les rend nerveux ».

Il apprit également que cette rétention d'informations avait pour but de diminuer sévèrement la capacité d'Israël à se défendre de manière indépendante. En dépit de très nombreux efforts, Jonathan Pollard ne parvint pas à faire cesser cette politique délibérée de boycott d'informations. Persuadé que la vie d'un grand nombre d'Israéliens était en jeu, il décida de transmettre ces informations à Israël directement et secrètement.
   
En 1985, son action fut découverte par les américains. Il reçut d'Israël l'instruction de se réfugier à l'ambassade israélienne à Washington. Pollard et sa femme furent d'abord accueillis à l'ambassade puis rapidement jetés directement dans les bras du FBI.
Jonathan Pollard était un idéologue, pas un mercenaire. Après neuf mois d'analyse polygraphique, le FBI arriva à la même conclusion : Pollard avait agi uniquement pour des raisons idéologiques et pas pour le profit.
Pollard, accusé au titre d'un seul article : « transfert d'informations classifiées à un pays allié, sans intention de nuire aux Etats-Unis », n'était accusé ni de trahison, ni de divulgation de codes secrets ou de programmes militaires, ni de dénonciation d'agents ou de quoi que ce soit pouvant nuire aux Etats-Unis.

Pollard n'a jamais eu de procès. Sous la pression conjuguée des gouvernements d'Israël et des Etats-Unis, il accepta une transaction à l'amiable, transaction destinée à épargner aux deux pays l'embarras d'un procès long, compliqué, coûteux et largement couvert par les médias.

Avant la sentence, le secrétaire à la défense de l'époque, Caspar Weinberger, transmit au juge un dossier secret de 46 pages. Ni Pollard, ni ses avocats n'eurent le droit d'accéder à ce dossier pour pouvoir réfuter les fausses accusations qu'il contenait une violation évidente des droits constitutionnels de Pollard.

La veille de la sentence, Weinberger déposa au juge un dossier supplémentaire de quatre pages dans lequel il accusait faussement Pollard de trahison (légalement une accusation de trahison ne peut être applicable qu'en cas d'espionnage au profit d'un pays ennemi en temps de guerre). Dans ce dossier, Weinberger proposait une peine de prison à vie, en violation avec l'accord passé avec Pollard et en sous-entendant ainsi qu'Israël était un pays ennemi.

On ne montra ce dernier dossier qu'une seule fois à Pollard, à peine quelques instants avant la sentence laps de temps beaucoup trop court pour préparer les arguments de défense contre ces fausses accusations.

Malgré sa complète coopération avec l'accusation ainsi qu'il s'y était engagé Pollard fut condamné à une peine de prison à perpétuité assortie d'une recommandation pour interdire sa libération sous quelque condition que ce soit, en violation flagrante de ce qui avait été conclu.

Il n'existe aucun précédent dans l'histoire des Etats-Unis d'une peine d'emprisonnement à vie pour ce type de délit, sanctionné en général par 2 à 4 années de prison.
Aucun des agents secrets accusés de délits bien plus graves pour le compte de pays hostiles aux Etats-Unis n'a été condamné à une peine aussi disproportionnée et aussi cruelle que celle-ci.

L'avocat de Pollard ne fit pas appel contre cette peine. Il aurait dû le faire dans les dix jours qui suivaient la sentence. Quelques années plus tard, un nouvel avocat utilisa le principe de l'habeas corpus contre la peine infligée (l'habeas corpus permet à toute personne incarcérée de faire appel sur la légalité de son incarcération).
La cour d'appel, dans une décision à deux contre un, rejeta l'appel en s'appuyant principalement sur des données procédurales en insistant sur le dépassement du délai d'appel.
En opinion minoritaire, le juge d'appel Stephen Williams avait décrit le dossier comme « une erreur judiciaire fondamentale » et avait écrit qu'il aurait décidé l'annulation du verdict.

Des membres du gouvernement américain accusèrent faussement Pollard à travers la presse d'avoir transmis à Israël des « salles entières remplies d'informations secrètes » ainsi que « des centaines de milliers de documents ». Cette quantité d'informations est complètement absurde! Pollard aurait dû utiliser une camionnette et faire de nombreux transferts pour un tel volume d'informations. En fait, Jonathan Pollard fit au maximum onze transferts aux Israéliens, utilisant uniquement un petit attaché-case pour transporter les documents.

En novembre 1995, l'Etat d'Israël attribua la nationalité israélienne à Jonathan Pollard. La présentation officielle eut lieu en janvier 1996. Cette publication déclarait aux Etats-Unis qu'Israël reconnaissait sa pleine responsabilité au sujet de Pollard.

Dans une déclaration officielle du 12 mai 1998, le gouvernement israélien reconnaissait publiquement que Jonathan Pollard avait été un agent travaillant pour son compte et déclarait être tenu d'agir pour sa libération et son retour en Israël.

Jonathan Pollard a exprimé à plusieurs reprises ses regrets, publiquement et dans des lettres privées adressées au Président des Etats-Unis et à d'autres personnalités. Il regrettait d'avoir enfreint la loi et de ne pas avoir pas trouvé une manière légale pour protéger Israël.

Le gouvernement israélien avait affirmé depuis longtemps que la peine de Jonathan était injuste et que les documents qu'il avait fournis à Israël n'avaient pas causé les dommages déclarés sans preuve - par les américains. De ce fait, diverses administrations israéliennes essayèrent de négocier la libération de Pollard.
 
Depuis 1995, dans le cadre du processus de paix au proche orient, les Etats-Unis ont exploité à maintes reprises l'embarras de l'affaire Pollard pour imposer de lourdes concessions à Israël.
Le Premier Ministre Yitzhak Rabin commença à négocier ouvertement la libération de Jonathan. Le Président Clinton lui avait promis de relâcher Pollard dans le cadre d'un accord de paix, mais refusa d'honorer sa promesse après l'assassinat de Yitzhak Rabin. Le successeur de Rabin, Shimon Peres, continua de lier l'affaire Pollard au processus de paix et alla jusqu'à proposer un échange d'espions en contre partie de sa libération.

Le sommet de Wye est un exemple flagrant de l'exploitation de Pollard par les Etats Unis.

A l'automne 1998, le Président Clinton promit de libérer Pollard. Cette promesse fut un élément essentiel dans l'avancement des négociations israélo-palestiniennes. Au dernier moment, alors que le monde avait les yeux rivés sur la cérémonie de signature à Washington, Clinton renia sa promesse et refusa de libérer Pollard. (lire les détails de l'échec du sommet de Wye).

Dans une tentative de justifier la conduite de Clinton à Wye, il fut expliqué à la presse que Georges Tenet, patron de la CIA, avait menacé de démissionner si Pollard était libéré. Et pourtant, en septembre 1999, malgré une opposition virulente, Clinton fit libérer un groupe de 14 terroristes portoricains responsables de plus de 100 attentats aux Etats-Unis et qui n'avaient jamais exprimé le moindre regret pour leurs actes ! Cette décision démontra de manière irréfutable qu'aucune institution gouvernementale ne pouvait empêcher le Président d'exercer son droit de grâce.

Le mythe selon lequel la CIA avait lié les mains du Président Clinton laissait penser que celui ci finirait par honorer sa promesse de relâcher Pollard lorsqu'il n'aurait plus à craindre de représailles politiques.
   
En 1991, l'ancien Grand Rabbin d'Israël, le Rav Mordehai Eliahou, avait proposé au Ministère américain de la justice d'être le garant de Pollard ; sa proposition fut rejetée.
Le Rav Eliahou renouvela sa proposition les années suivantes en écrivant au président Clinton. Aucune de ses lettres ne reçut de réponse jusqu'à l'automne 2000.
A cette époque, Esther Pollard, l'épouse de Jonathan, reçut un courrier de la Maison Blanche l'informant que le Président était au courant de la proposition du Rav Eliahou et qu'il en tiendrait compte au moment de sa décision finale.

A la fin de son mandat en janvier 2001, Clinton accorda sa clémence à 140 personnes. Beaucoup de ceux qui furent amnistiés avaient été reconnus coupables de crimes très sérieux, meurtres, vols et commerce de drogues. Certains n'avaient même pas encore été emprisonnés. Parmi eux, se trouvaient le frère de Clinton et un ancien chef de la CIA. Jonathan Pollard ne fut pas inclu parmi les bénéficiaires de cette clémence.

Le Président Clinton ne tint jamais ses promesses,
   malgré ses engagements répétés de libérer Pollard en échange de nombreuses concessions israéliennes.
   malgré son engagement de libérer Pollard comme partie intégrante des accords de Wye
   malgré la pression de la communauté juive, et
   malgré les énormes injustices de l'affaire Pollard qui incluent :
     - Une fausse accusation de trahison
     - L'utilisation de preuves secrètes
     - La communication unilatérale entre procureur et juges
     - Le non respect d'une transaction à l'amiable
     - Une procédure de condamnation truffée de falsifications et de mensonges
     - Une peine complètement disproportionnée



En septembre 2000, les nouveaux avocats de Pollard, Lauer et Semmelman déposèrent une requête pour faire annuler le verdict. Cette requête soutenue par une importante documentation mettait en évidence la mauvaise foi du gouvernement américain qui parallèlement à l'inefficacité du premier avocat de Pollard avait été la cause d'une peine de prison à vie sur la base de fausses accusations et en violation de ses droits de défense.

Ils déposèrent également une nouvelle requête dans laquelle ils demandaient que l'avocat Eliot Lauer soit autorisé à accéder aux parties secrètes du dossier (depuis le verdict de 1987, pas un des avocats de Pollard n'avait été autorisé à consulter les parties secrètes du dossier afin de pouvoir y répondre).

En janvier 2001, le juge Norma Holloway Johnson réfuta cette demande soutenant la cause du gouvernement et invoquant un risque d'atteinte à la sécurité nationale américaine. Pourtant les avocats possédaient tous deux un niveau Top Secret de sécurité qu'ils avaient obtenu du Ministère de la justice pour être en mesure de défendre leur client.

Une nouvelle demande de reconsidération fut déposée en janvier 2001

Depuis son incarcération, cinq Premiers Ministres et trois Présidents d'Israël demandèrent aux Etats- Unis la libération de Jonathan Pollard.

Entre pays alliés, cela semblerait suffisant !
Le 21 novembre 2007, Jonathan Pollard a entamé la 23e année de son emprisonnement
et n'entrevoit toujours pas de lumière au bout du tunnel.


Pour plus de renseignements et documents sur l'affaire Pollard,
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